COMMENTAIRE
Objet d’étude : Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
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Solal a vécu, adolescent, une histoire d’amour adultère avec Adrienne, une femme beaucoup plus âgée que lui et mariée. Leur histoire est terminée mais Solal l’aime toujours. Quelques années plus tard, il la revoit et tente de la séduire de nouveau.
« Je vais te montrer comment on séduit une femme. Prestidigitation1. Rien dans les mains, rien dans les poches. Rien dans les poches surtout. Je commence. »
Elle se disposa à écouter, presque intéressée. Mais sur les lèvres de Solal le sourire extasié, menaçant, enfantin, cessa d'errer. Il se promena, puis s'abattit lourdement sur le fauteuil et songea. Sous une gaieté qui lui apparaissait soudain ridicule et pitoyable, il avait caché son trouble. En réalité, il avait eu si peur en venant. Elle était la seule femme qu'il eût aimée. Depuis si longtemps elle était sur tous les chemins de sa pensée.
Adrienne ne cessait de le regarder, sentait la sincérité de ce silence, n'osait parler, était en proie au remords. Comment avait-elle pu être si dure avec lui ? Quels yeux ! Et il était grand comme un demi-dieu.
Il parla avec la gravité d'une douleur véridique qui osait enfin surgir. EIle était son seul pays. Il avait tellement attendu, toujours espéré. Tous les matins, il avait attendu à Aix la lettre de miracle. Tous les soirs, il pressait son cœur et il en sortait du sang noir. Toutes les nuits, il se disait qu’elle vivait et qu'il ne voyait pas ses yeux. Il n'avait pas oublié un seul mot, un seul geste d'elle. Les trois merveilleuses années de Céphalonie2. Elle était la seule, elle était ce qu'il avait connu de plus doux, de plus vivant et de plus noble. Et cætera, la vieille ferblanterie3 inusable.
- Ma vie est entre tes mains. Si tu me repousses, je meurs. Je t'aime, moi, je t'aime, j'ai tant souffert.
Ému par toutes ces images douloureuses, il pleura sincèrement. Elle fondait de pitié devant cette jeune souffrance.
- Adrienne, une seule fois vous revoir. Nous revoir seuls. Entre les murs de la chambre, je marchais et j'attendais. Dans la solitude, les larmes sur mes doigts étaient mes seules compagnes.
Ses yeux étaient embués de vraie douleur mais la joie d'avoir réussi la dernière phrase le fit respirer largement. Il baissa les franges recourbées où perlaient encore des larmes et médita. » Un : déclaration d'amour. Bon. Fait. Assez bien. C'est donc pour éveiller intérêt ; pour que j'existe de nouveau à ses yeux. Maintenant voyons le deux et le trois qui restent à faire. Deux : suggérer que je suis aimé ; inventer histoire. On le fera en parlant ; j'ai plus d'idées à haute voix. Donc l'intérêt qu'elle éprouve pour moi est justifié. Bon. Trois : suggérer que la femme qui m'adore est digne d'être aimée par moi. Tout en me défendant très sincèrement d'aimer cette belle mystérieuse4, en parler de telle sorte qu'Adrienne soit persuadée que je ne peux pas ne pas commencer bientôt à aimer - quel mot ! - l'extraordinaire concurrente si elle n'y prend garde. Sans le un, impossible d'obtenir jalousie avec deux et trois. Sans deux et trois, un perd valeur. Je fais tout marcher : tendresse maternelle, fierté satisfaite, orgueil en éveil, inquiétude. Ça va. Allons-y. Quels trois serpents je suis."
Lorsqu'il eut fini de parler, elle se leva, se regarda dans la glace. Non, elle n'avait pas vieilli, mais les années passaient tout de même. Et lui était en plein rayonnement de jeunesse. Ah, il aimerait bientôt cette inconnue, plus jeune qu'elle certainement. C'était sans doute grâce à cette inconnue qu'il avait pu changer de vie. Hôtel Ritz5 et beaux vêtements. Il devait se laisser adorer, mener une vie de paresse. Elle avait le devoir en somme de réparer le mal qu'elle avait fait. C'est à cause d'elle en somme qu'il allait mener bientôt une vie de corruption. Il se trompait lorsqu'il disait qu'il l'aimait. Mais peu importait. Son devoir à elle était de veiller sur lui. Albert Cohen, Solal (1930)
Fais moi un plan détaillé avec deux partie contenant chacune 3 sous partie avec des beau titres + créer une problématique possible sans intro